Pourquoi Monet peignait il le même paysage encore et encore ?

Meules de foin, cathédrale de Rouen, nymphéas… Claude Monet a consacré des dizaines de toiles aux mêmes sujets. Une obsession ? Pas vraiment. Derrière ces répétitions se cache une autre manière de regarder le monde.

Peindre un paysage… ou peindre la lumière ?

À première vue, rien ne semble plus répétitif que les célèbres séries de Claude Monet. Entre 1892 et 1894, l’artiste peint par exemple la façade de la cathédrale de Rouen à de nombreuses reprises.

Le monument reste le même. Pourtant, aucune toile ne l’est vraiment.

Une lumière froide au petit matin, une façade presque dorée sous le soleil, des pierres qui disparaissent dans la brume… Ce qui intéresse Monet n’est finalement pas tant la cathédrale elle-même que la manière dont notre perception de celle-ci change avec la lumière, l’heure et les conditions atmosphériques.

Pour l’artiste, un même paysage peut ainsi devenir une infinité de tableaux.

La naissance des séries

À partir des années 1890, cette démarche prend une place majeure dans son travail.

Monet peint successivement des meules, des peupliers, la cathédrale de Rouen, le Parlement de Londres et, bien sûr, les nymphéas de son jardin de Giverny.

Il travaille parfois sur plusieurs tableaux simultanément. Lorsque la lumière change, il abandonne une toile pour en reprendre une autre correspondant davantage aux nouvelles conditions.

Le sujet devient presque secondaire.

Ce que Monet cherche à saisir, c’est un instant.

La cathédrale de Rouen, laboratoire de lumière

La série consacrée à la cathédrale de Rouen en est probablement l’un des exemples les plus spectaculaires.

Installé face à l’édifice, Monet observe la façade occidentale sous différentes lumières. Le bâtiment massif semble alors perdre sa matérialité.

Les détails architecturaux s’effacent progressivement au profit de touches de couleur.

La pierre peut devenir bleue, rose, orangée ou violette.

Monet ne cherche donc pas nécessairement à reproduire les couleurs que nous attribuons naturellement aux objets. Il peint plutôt les couleurs qu’il perçoit à un moment précis.

Regarder plutôt que reconnaître

Cette démarche nous invite également à modifier notre propre façon d’observer une œuvre.

Devant un tableau de Monet, la question n’est peut-être plus seulement :

« Qu’est-ce qui est représenté ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce que la lumière est en train de transformer ? »

C’est l’une des grandes ruptures introduites par les impressionnistes : le monde n’est plus nécessairement représenté comme quelque chose de stable et d’immuable.

Il devient changeant, mouvant, presque insaisissable.

Et si vous faisiez l'expérience ?

Choisissez un paysage que vous connaissez bien : votre jardin, une rue, un bâtiment ou simplement la vue depuis une fenêtre.

Observez-le le matin, puis quelques heures plus tard.

Les ombres auront bougé. Certaines couleurs seront apparues, d’autres auront disparu. Un détail qui semblait évident sera peut-être devenu presque invisible.

Le paysage sera toujours là.

Et pourtant, vous ne verrez déjà plus exactement la même chose.

C’est peut-être cela que Monet cherchait inlassablement à peindre.

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